Intérim Agir Ensemble

CRIT en correctionnelle

Le groupe Crit Intérim renvoyé en correctionnelle pour « escroquerie » et « travail dissimulé »

Le

Entre 2003 et 2005, des milliers, voire des dizaines de milliers d’intérimaires, ont été privés, à leur insu, de certaines de leurs indemnités. L’entreprise pointe les dérives de quelques directeurs d’agences.

Photo peintre en bâtiment sur échafaudage extérieur

Selon la juge Claire Thépaut, les victimes étaient choisies en fonction de leur vulnérabilité: « jeunes, travailleurs d’origine étrangère, non francophones ».

 

AFP PHOTO/PHILIPPE HUGUEN

Le groupe Crit intérim, l’un des leaders du travail temporaire, est renvoyé, les 28 et 29 mai prochains, devant le tribunal correctionnel de Paris, soupçonné d’ « escroquerie » et de « travail dissimulé », entre 2003 et 2005.

Pendant cette période, des milliers, voire des dizaines de milliers d’intérimaires – un rapport de la police judiciaire parisienne, contesté par la défense, évoque le chiffre de 50 000 victimes -, ont été privés, à leur insu, des indemnités auxquelles ils avaient droit, indemnités de fin de mission et/ou congés payés.

Certaines de ces sommes ont été indûment payées par les Assedic.

Un logiciel de paie permettait de faire disparaître les indemnités en question de la fiche de salaire via l’activation de deux codes informatiques, baptisés « 80 » et « 90 ». Depuis l’adoption d’un nouveau système en 2006, ces abus ont cessé.

« Accroître les bénéfices de la société », selon la juge

La juge d’instruction Claire Thépaut a rendu une ordonnance sévère pour cette entreprise cotée en Bourse. Elle estime que les victimes étaient sélectionnées en fonction de leur vulnérabilité: « jeunes, travailleurs saisonniers, travailleurs d’origine étrangère, non francophones, peu instruits en matière de droit du travail, de manière à prévenir les contestations. » La direction du groupe Crit Intérim était selon elle « informée et approuvait cette pratique » mise en oeuvre « dans le but d’accroître les bénéfices de la société ».

Interrogé par L’Express, l’avocat de Crit, Me Gilles Gassenbach, conteste une telle interprétation. Il estime que ces dérives sont imputables à quelques directeurs d’agences (les trois quarts des fraudes se concentrent dans six agences, sur les quelque 143 utilisant le logiciel en question). Ils auraient été sanctionnés depuis.

L’affaire avait débuté en avril 2006 par une plainte du syndicat CFTC, représenté par Me Bruno de Prémare.

Par Eric Pelletier
Pour l’Express