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Des jeunes en emploi et en danger…

Publié le 14 octobre 2016

La focalisation sur le chômage des jeunes fait trop souvent oublier que leurs conditions d’emploi et de travail sont également dégradées. Une étude de l’Insee de la région Centre-Val de Loire fait ainsi le constat que les jeunes sont davantage exposés aux risques professionnels et aux accidents du travail que leurs aînés. Dans cette région les jeunes accèdent plus rapidement à l’emploi qu’ailleurs et occupent notamment des emplois dans le BTP, l’industrie ou la logistique avec un taux d’apprentis et d’intérimaires plus important.

Cette région accueillait en 2012 plus de 20 000 apprentis, majoritairement dans les métiers ouvriers (niveau CAP) et les secteurs les plus accidentogènes. De même le nombre d’intérimaires est plus élevé dans cette région que la moyenne de la France de province. Or les jeunes intérimaires exercent les emplois peu qualifiés d’ouvriers dans les secteurs les plus impactés par les accidents du travail.

Voilà donc une région où le taux d’emploi et le taux de CDI des jeunes sont plus élevés que la moyenne mais où ces derniers sont davantage confrontés aux accidents du travail sachant qu’en France les jeunes sont plus exposés que leurs aînés aux risques chimiques et cancérogènes (enquête SUMER 2010). L’étude de l’Insee pointe un certain nombre de caractéristiques de cette situation. Elle souligne notamment que les risques d’accidents parmi les jeunes sont beaucoup plus élevés dans les entreprises de taille intermédiaire (de 10 à 199 salariés), un chiffre que l’on retrouve dans les autres régions de province. Les entreprises de moins de 10 salariés et celles de 500 salariés ou plus ont des taux de fréquence d’accidents beaucoup plus faibles.

Ces constats de l’Insee appellent des analyses complémentaires et des réponses adaptées qui interpellent notamment l’enseignement professionnel, l’apprentissage et la formation continue dans leurs dimensions préventives en matière de gestion des risques professionnels. En effet les données du Cereq (Centre d’études et de recherches sur les qualifications) nous montrent une faible adéquation entre la spécialité des diplômes professionnels des jeunes et les métiers qu’ils exercent. Or dans les activités accidentogènes du BTP, des services ou de l’industrie, l’intérim ou la formation sur le tas sont propices aux accidents. Le tableau relatif aux tailles d’entreprise dressé par l’Insee peut laisser supposer que l’adéquation formation/emploi est plutôt maîtrisée dans les TPE, que les grandes entreprises assurent une bonne intégration et prévention professionnelle. Par contre les PME, consommatrices d’intérimaires, moins soucieuses des spécialités des diplômes détenus par les jeunes embauchés et moins instrumentées en matière de formation interne, s’avèrent moins capables de maîtriser les risques professionnels auxquels sont notamment confrontés les jeunes faiblement qualifiés ou qualifiés dans un domaine différent de l’emploi exercé.

On sait, par ailleurs, que les volets préventifs en matière de sécurité sont les parents pauvres des cursus de formation professionnelle. Dans l’apprentissage, la baisse des durées des enseignements technico-professionnels en centre a réduit de fait cette dimension qui suppose des enseignants et des formateurs expérimentés sur ce plan et capables de détecter les situations dangereuses dans les entreprises partenaires.

L’étude de l’Insee Centre-Val de Loire vaut pour l’ensemble du territoire national et montre qu’une politique efficace d’amélioration des conditions de travail est intimement liée à une formation professionnelle de qualité notamment quand il s’agit des jeunes qui accèdent à l’emploi. La qualité de la vie au travail est un vecteur d’efficacité des politiques d’emploi et de formation car elle conditionne grandement l’engagement des jeunes et l’attractivité des métiers de l’industrie et du BTP, toujours marqués par une mauvaise image.

Paul Santelmann, directeur de la veille « emploi et qualifications » à l’Afpa